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Neve Shalom, la communauté Massorti des Yvelines

jeudi 8 décembre 2011

Le mot du rabbin Floriane Chinsky sur la Parasha Vayishlakh que nous lirons ce shabbat

Lorsque nous venons à la synagogue ou que nous lisons un commentaire sur la paracha, on s’attend peut-être à être rassuré, ressourcer, et c'est souvent le cas. En tant que Rabbin ou enseignant, c’est ce que nous voudrions aussi donner à ceux qui nous écoutent. Mais la vie demande un peu plus de courage, et notre paracha est particulièrement difficile.


VayichlaH commence avec les préparatifs de Jacob, qui craint les retrouvailles avec un frère qui avait juré sa mort, se poursuit par une lutte personnelle avec l’envoyé divin, puis les retrouvailles avec Esaü. Nous lisons ensuite le récit du viol de Dina, et du bain de sang dans lequel elle est « vengée ». C’est la mort de la nourrice de Rachel, puis de Rachel elle-même alors qu’elle donne naissance à son deuxième fils, auquel elle donnera un nom si terrible qu’il devra être changé. La vie de Jacob s’achève alors, et l’histoire d’Esaü se traduit par l’énoncé de ses descendants.
La Torah ne nous permet donc pas de rentrer dans l’atmosphère bien-pensante qui nous aurait rassurés, de même que la vie refuse de nous protéger contre les épreuves.
L’un des sujets les plus durs à aborder dans notre paracha est celui du viol de Dina.
Le texte de la Torah nous apprend qu’elle était sortie seule, pour se faire de nouvelles amies.
Elle qui avait 12 frères pouvait effectivement souhaiter trouver enfin une compagnie et une intimité avec des jeunes femmes de son âge.
Pourtant, sans lui demander son avis, Sichem va la contraindre à des relations sexuelles. Puis, sans lui demander son avis, ses frères vont s’emparer de « la défense de sa vertu » pour se retourner contre l’agresseur et son peuple avec une violence extrême.
Il est fait bas prix de la liberté de Dina autant sur son corps que sur son avenir.
80 % des victimes d’infractions sexuelles sont des femmes, 20 % des femmes en subiront une avant d’atteindre l’âge de 20 ans.
Notre paracha nous parle de l’histoire de Dina, un sujet tabou.
Le caractère tabou de ce sujet est criminel.
50% des victimes n’en parlent jamais.
Notre paracha évoque cette question délicate, et nous oblige de ce fait à y faire face nous aussi.
De la même façon, les dérives sexuelles sont rappelées au moment le plus solennel de l’année, à Yom Kipour, dans la lecture de la Torah de l’office de MinHa.
La Torah nous raconte des histoires violentes, car la violence fait malheureusement partie de la vie, et que la plus grande des violences, c’est le silence.
Quelques questions pour conclure :
Que serait-il arrivé si Dina, au lieu de 12 frères, avait eu 12 sœurs ?
Sommes-nous, en qualité de femme, et qualité de juif, de veuve, d’orphelin, d’étranger, ou en toute autre qualité, plus vulnérables de par la place affaiblie que nous réserve la société ?
Que faisons-nous en tant que femmes, que juifs, qu’orphelins, veuves, veuf, étranger, jeune ou vieux ou toute autre qualité qui nous désignerait comme victime de choix, pour augmenter notre visibilité et renforcer notre capacité à protéger notre intégrité physique et notre dignité ?
Que faisons-nous, en tant que personnes socialement bien assises et respectées, pour éviter à ceux qui le sont moins que nous de devenir des victimes ?
Ce chabbat, nous lirons l’histoire de Dina dans la Torah, et nous aurons l’occasion d’évoquer différents commentaires et différentes actions sociales, appartenant à la société juive ou à la société globale, liées à ces problématiques.
Chacun est invité à y réfléchir pour lui-même ainsi qu’en famille… C’est l’occasion.
Chabbat Chalom.

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