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Neve Shalom, la communauté Massorti des Yvelines

mercredi 11 avril 2012

parashat Balak


Le jugement d'autrui est parfois dangereux. Parfois, la méchanceté
nous déprime, parfois, notre cour est sensible aux critiques, parfois,
les paroles d'autrui sont pour nous des malédictions.

Le jugement d'autrui peut être nuisible dans la direction inverse. A
force de flatteries, nous risquons de nous démobiliser et de faire une
cible facile, tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute...



Lorsqu'on évoque les paroles, la psychologie rejoint la magie. Nos
paroles ont une influence impalpable sur ceux qui nous entourent. On
peut se référer par exemple à la notion d'attribution, par laquelle
les qualités que nous attribuons à autrui, surtout aux personnes sur
lesquelles nous avons de l'influence et plus particulièrement nos
enfants, vont leur coller à la peau et influencer leur caractère.

Ce phénomène se rapproche également de la prophétie auto-réalisatrice.

La paracha de cette semaine a ce thème pour sujet central. Balak, roi
de Moav, a décidé de porter contre Israël une attaque
magico-psychologique. Balak va solliciter Bilaam, prophète des
nations. Par trois fois, ce dernier va s'élever sur l'une des
montagnes qui entourent les enfants d'Israël, sacrifier en grandes
pompes force taureaux et béliers, et invoquer la parole divine contre
Israël. Par trois fois, la malédiction sera changée en bénédiction, au
grand damne du roi Balak.

Ces bénédictions sont magnifiques, et reprennent les termes des
précédentes révélations de Dieu vis-à-vis d'Israël. Ainsi, le prophète
venu maudire Israël sera finalement le porteur des encouragements
divins. " Il ne faut point de magie à Jacob, point de sortilège à
Israël. " affirme la deuxième des bénédictions de Bilam, (Nb.23 :23).
Le sens en est que la magie et les sortilèges ne touchent pas Israël.
Pour quelle raison Israël serait-il protégé de cette influence ? Un
élément de réponse se trouve dans la troisième bénédiction.

Cette dernière mentionne ce passage que nous reprenons chaque matin en
introduction de l'office : " Qu'elles sont belles tes tentes, Oh Jacob
! Tes demeures/ tes sanctuaires, Oh Israël !" ( Nb. 24 :5) , ma tovou
ohaléHa yaakov, michkénotéHa Israël.

Si c'est ce passage, de façon spécifique, qui est repris au début de
notre office, on peut y voir plusieurs raisons. Il y a bien sûr
l'affirmation de la beauté de notre synagogue, qu'il est beau notre
sanctuaire ! L'utilisation du pluriel élargit notre perspective en y
introduisant un élément pluraliste. C'est de façon globale, dans la
solidarité avec les autres synagogues que nous nous réjouissons de nos
différents sanctuaires : Qu'elles sont belles, tes synagogues, Oh
Israël !

Le pluralisme contenu dans ces paroles se retrouve dans le commentaire
du midrach, repris également par Rachi :  " "Qu'elles sont belles tes
tentes, Yaacov" : il a vu que les ouvertures des tentes d'Israël
n'étaient pas tournées les unes vers les autres, mais que chaque
ouverture s'ouvrait vers l'arrière de la tente de ses voisins, de
façon à ce qu'aucun d'entre eux ne regarde dans la maison de son
prochain, et y introduise le mauvais oeil. Pour cette raison, il
(Bilam) a commencé à les louer pour ce que le mauvais oeil ne les
domine pas et c'est la raison pour laquelle ses yeux (de Bilam) se
sont fermés. "

Il est intéressant de noter que pour pouvoir faire sa malédiction,
Bilam a besoin d'observer Israël. C'est pour cette raison qu'il monte
trois fois sur des hauteurs différentes. C'est à partir des faiblesses
qu'il voudrait trouver que Bilam pourrait annoncer des catastrophes,
semer le doute et la suspicion, faire enfler la crainte dans le peuple
et déclencher des catastrophes. Les craintes, ensuite, pourraient
facilement se propager à travers la rumeur, chacun lisant ensuite ces
déconvenues et celles des autres à travers ce filtre, le filtre du
mauvais oeil, développant la médisance. Mais Bilam comprend vite, en
observant le camp, que cette méthode ne pourra pas fonctionner. La
discrétion est inscrite dans la structure même de l'organisation du
camp. Ainsi, personne ne s'occupe de juger autrui, et Bilam lui-même
ne peut émettre de jugement que positif. Effectivement, dans notre
tradition, chacun doit d'abord se juger lui-même, se remettre en
question, confronter ses actes à ses idéaux. Tel est le sens de la
amida, le moment central où l'on " prie ", en hébreu " mitpalel "
c'est-à-dire se juger soi-même. En examinant régulièrement nos actes à
l'aune de nos idéaux, nous multiplions les chances de devenir
meilleurs, plus vite. Nous désamorçons également les jugements
manipulatoires, qu'ils soient positifs ou négatifs. Nous ne sommes pas
" bons " parce que le vendeur a été impressionné par la vitesse à
laquelle nous avons accepté de payer le prix fort pour des gadgets, et
nous ne sommes pas " mauvais " en fonction des notes reçues à l'école.
C'est à chacun de nous de nous décerner à nous-mêmes les
félicitations, les prix, les encouragements, et les remontrances que
notre conscience nous dicte. De cette façon, personne, même pas un
prophète comme Bilam ne pourra influencer notre chemin. De cette
façon, magie et sortilèges ne nous toucheront pas, et la seule magie
qui comptera sera celle d'être ensemble, dans la certitude que nous
avançons dans une bonne direction et dans la conscience.

Il est donc temps de souhaiter de bonnes vacances, à ceux qui ont
réussi leurs examens à la première session comme à ceux qui les
réussiront à la prochaine, à ceux qui maintenant se sentent comblés
par la vie comme à ceux qui doivent rester forts en attendant des
moments plus faciles.